Des visiteurs admirent une moto CFMOTO Racing exposée au salon international de la moto EICMA, à Milan, le 5 novembre 2026 en Italie ( AFP / Piero CRUCIATTI )
Comme pour les voitures électriques, les marques chinoises de motos sont de plus en plus agressives sur les marchés européens, avec des modèles performants et à prix compétitifs qui commencent à se faire un nom.
À l'Eicma de Milan, le plus grand salon de la moto européen, les visiteurs se bousculaient vendredi sur le stand de CFMoto, une des principales marques chinoises vendues en Europe.
La firme de Hangzhou (est) a gagné en notoriété en produisant des moteurs et assemblant des modèles pour l'autrichienne KTM, puis en gagnant deux championnats de Moto 3 (250 cm3) en 2024 et 2026.
Les fans de BMW, de Honda et une armée de "Ducatisti" venaient notamment admirer à Milan un puissant modèle doté d'ailerons ainsi que la machine tout-terrain du nouvel ambassadeur de la marque, le pilote espagnol Mario Román.
"Elles sont belles. Ils n'ont peut-être pas exactement les mêmes pièces que les (constructeurs) japonais mais avec ce prix, ça le fait", commentait sur le stand Renato Polistene, un artisan italien de 64 ans.
Lui qui roule en KTM dit qu'il pourrait envisager d'acheter chinois, notamment parce que les prix des autres marques "ont beaucoup augmenté", et qu'elles imposent "trop d'options" sur le prix de base. "La grande question reste la fiabilité", a souligné le motard.
Grosses cylindrées
La Chine est devenue le deuxième fournisseur de motos de l'UE, derrière le Japon, avec 27,1% des importations pour un milliard d'euros en 2025, selon un rapport publié jeudi par l'Association des constructeurs européens de motocycles (ACEM).
Des visiteurs admirent une moto CFMOTO V4SR exposée au salon international de la moto EICMA, à Milan, le 5 novembre 2026 en Italie ( AFP / Piero CRUCIATTI )
La progression est spectaculaire dans les grosses cylindrées, où la Chine est passée de fournisseur marginal à acteur incontournable du marché européen.
Elle assure désormais près d'un tiers des importations de motos de plus de 250 cm³, contre seulement 7% en 2019, avec des modèles généralement vendus 10 à 25 % moins cher que leurs concurrents japonais ou européens comparables.
La presse européenne, qui regardait ces motos avec curiosité, les teste désormais comme les autres dans ses comparatifs. Pour le magazine britannique Motorcycle News, 2026 est "l'année de la bascule".
D'autant plus que les grosses cylindrées importées de Chine ne sont taxées qu'à hauteur de 6 % à leur entrée en Europe, contre 45 % pour leur exportation vers la Chine.
Via l'ACEM, l'industrie européenne des deux-roues réclame non pas des barrières douanières comme pour les voitures mais un accès "équitable et réciproque aux marchés" pour défendre ses ventes, ainsi que ses près de 210.000 emplois.
Sur le stand de Cyclone, dans ce salon qui tient aussi de la grande kermesse motocycliste, un groupe chantait à tue-tête "Nel blu, dipinto di blu" tandis que des hôtesses lançaient à des adolescents des tee-shirts aux couleurs de la marque de Chongqing (sud).
Des visiteurs admirent une moto ZXMOTO 820R exposée au salon international de la moto EICMA, à Milan, le 5 novembre 2026 en Italie ( AFP / Piero CRUCIATTI )
Un autre géant chinois, Qianjiang Motorcycle (QJ Motor), s'est quant à lui partiellement italianisé en rachetant dès 2005 l'une des fiertés nationales, Benelli.
De jeunes pousses viennent s'ajouter à ces groupes déjà bien installés, comme ZXMoto, fondée par Zhang Xue, ancien mécanicien et pilote misant notamment sur le rallye Dakar pour se faire connaître à l'international.
Alessia, 27 ans, une policière de Turin (nord) qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, était venue admirer son prochain modèle Triumph mais s'est arrêtée sur le stand de ZXMoto.
"J'ai été très impressionnée par l'esthétique et le confort", témoigne-t-elle. "La marque compte, mais cela dépend aussi des gens. Une nouvelle marque peut également susciter la curiosité."
Une "révolution"
En France, c'est "une vraie révolution qui vient de l'Est", analyse dans un communiqué Bertrand Macé, le président de la commission 2-Roues du syndicat patronal Mobilians.
Une mannequin assise sur une moto Voge RR660S exposée au salon international de la moto EICMA, à Milan, le 5 novembre 2026 en Italie ( AFP / Piero CRUCIATTI )
En octobre, CFMoto s'est imposée comme la cinquième marque du marché français, dépassant des acteurs historiques tels que Triumph, Suzuki, KTM ou Yamaha. Zontes, QJ Motor et Voge enregistrent également de fortes progressions.
"L'agressivité tarifaire, couplée à une montée en gamme indéniable, fait mouche auprès d'une clientèle au pouvoir d'achat sous pression", souligne Bertrand Macé.
"Ça fait vingt ans qu'ils forment des ingénieurs", souligne l'importateur français de Voge, Stéphane Hruszowski. "Ils travaillent, ils nous écoutent, ils apprennent."
Pour cet ancien importateur de motos italiennes, "les jeunes d'aujourd'hui sont nés dans la génération japonaise. Mais c'est en train de changer: il y aura une génération de Chine".
Sur le stand de CFMoto, des responsables d'une grande marque italienne sont venus examiner mercredi la nouvelle hypersportive du constructeur. "Il faudra voir son prix, mais sur le long terme, cela pourrait nous faire mal", a reconnu l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.

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